Beaucoup de villes, de bourgs et de villages possèdent des armoiries qui les identifient. Celles-ci peuvent marquer les édifices publiques, les véhicules aussi bien que les papiers et actes administratifs. C'est dans l'armée que l'usage des blasons est demeuré le plus vivace, constant, sous tous les régimes, bien qu'il ait été aboli en 1790 par décret de l'Assemblée Législative.
De nos jours, le blason reste un moyen de reconnaissance rapide, efficace et toujours apprécié. Cette constante faveur est due, sans doute, au fait qu'il soit une image colorée, facile à retenir, évocatrice à la fois du passé et du caractère de la commune qui le porte. Aussi, loin de tomber en désuétude, l'usage du blason regagne t'il une grande faveur dans notre société moderne où l'image s'impose sous des formes multiples dans les domaines les plus divers. Par exemple : la SNCF n'a t'elle pas fait marquer les voitures des TGV aux armes des villes desservies.
Cette pratique est devenue possible du fait que les armoiries ne sont plus considérées aujourd'hui comme une marque de noblesse ou un signe de féodalité. Elles sont en France d'un usage libre qui ne relève, selon la loi, que du seul domaine privé. Usant de cette prérogative, chaque commune est en droit de se choisir des armes. En général, celles-ci évoquent l'histoire et la famille seigneuriale suzeraine.
Pour Montoison, la recherche est facile car la Maison des "Clermont-Montoison" est illustre et son blason se trouve en bonne place dans "L'Armorial général de France" publié en 1696 par d'Hozier.
Le projet de blason composé a été dessiné à partir des armoiries seigneuriales des Clermont-Montoison, mais en y introduisant une marque de notre village : la tour.
Mais comment se fait-il que nos anciens n'aient pas songé à doter la commune d'un blason ? Cette attitude résulte peut-être de la rancœur tenace manifestée par les Montoisonnais envers les derniers Marquis de Clermont-Montoison.
En effet, au moment où le vent de la liberté a soufflé sur notre région, en 1788, année de misère, de mauvaises récoltes, qui s'est terminée par la rédaction des "cahiers de doléances" et la désignation dans l'enthousiasme par les assemblées générales des députés aux Etats Généraux, le marquis de Clermont-Montoison ne résidait plus ici. Le Château, construit vers 1500 tombait lentement en ruines laissé à la surveillance du gardien Thomé.
L'absence du marquis a été ressenti comme une marque de mépris par la population. Aussi la liberté conquise, la tradition rapporte-t-elle, que les Montoisonnais se sont empressés de disperser les pierres du château et d'effacer les souvenirs de cette famille.
Dans ces conditions comment la municipalité aurait-elle pu, à l'époque, envisager de relever les armes des Montoisonnais.
Heureusement, les temps ont changé, les hommes aussi ! Le blason que nos anciens avaient des raisons d'exécrer n'est plus pour nous qu'un rappel des lointaines origines de notre village. A ce titre ne mérite-t-il pas d'être conservé avec respect ? De redevenir notre signe de reconnaissance, un lien entre les Montoisonnais de fraîche date et ceux de souche ? Comme il le fut au temps du "Brave Montoison", Philibert de Clermont-Montoison et du Chevalier Bayard car en vérité, Montoison est riche d'un passé aussi prestigieux que les communes voisines, Etoile, par exemple, glorieuse du souvenir de Diane de Poitiers.
L'évocation de l'histoire de notre village au travers de son blason ne devrait pas manquer d'éveiller, chez chacun, de la curiosité et susciter aussi des recherches sur notre histoire locale, sans pour autant que l'on ait à craindre un excessif développement du chauvinisme chez les jeunes. Du reste sur ce plan les montoisonnais ont, de tout temps, été bien pourvus.
"J'ai souvenir des contes que me disait, enfant, mon grand-père. A son époque, il y a bientôt un siècle, les rivalités entre conscrits de Montoison et d'Upie étaient vives, surtout à l'occasion des vogues. Les affrontements se terminaient le plus souvent en épisodes non moins pittoresques que ceux montrés par Yves Robert dans le film "La guerre des boutons", mais avec, en plus, des invectives et des injures lancées en patois. De nos jours, de semblables démonstrations ne sont plus de mise, les distractions sont différentes et les esprits autrement orientés."
Montoison, Novembre 1986
MIKÉ