Le château renaissance
L'ancien château fut restauré et agrandi, la construction de l'aile ouest débuta en 1504 et les travaux de restauration s'achevèrent en 1510. Ceux-ci consistèrent en la création d'une grande salle, d'une chapelle et d'un colombier dominant le tout, symbole des privilèges de la noblesse.
Le rapport de l'expert, très incomplet, ne situe ni la cuisine, ni les lieux d'aisance. Il n'est fait aucune allusion aux ouvrages de défense, pas plus, à la décoration qui fut, au dire des anciens, l'objet d'un soin particulier, grâce peut-être à l'habileté d'artistes ramenés d'Italie par le Brave Montoisonnais, Philibert de Clermont. Il est vrai que l'ensemble se trouve alors dans un triste état. Les termes du procès verbal sont explicites, ces ruines imposantes sont destinées à la démolition sans espoir de réhabilitation. Il faut remarquer que, Louis Nicolas Robert Germigny, qui s'intitule expert pour cette mise en adjudication publique est loin d'être un "homme de l'art". Il est marchand drapier et mercier à Crest ; de plus c'est un "sans culotte", l'un des dirigeants montagnards des plus actifs et des plus influents du directoire départemental à Valence. Comment s'étonner alors que le sort du château se soit réglé ainsi. Même ruinée, la masse énorme du bâtiment dominant les pauvres maisons du village devait disparaître à jamais, ainsi que tous les symboles de la monarchie et de l'esclavage du peuple. Les discours prononcés par Germigny devant le comité de surveillance et dont les textes ont été conservés, sont d'une violence extrême. Ses outrances et ses actions militantes, en Drôme mais aussi en Ardèche, le conduiront pour quelques temps, en prison à la Tour de Crest, avant qu'il n'en ressorte provisoirement blanchi. Il mourut à Crest en 1814, âgé de 73 ans. Il avait donc 56 ans lors des opérations d'expertises du château qui se prolongèrent trois jours (Un "sans-culotte" crestois, Louis Nicols Germigny : Par F. Ferrand, dans Les Drômois acteurs de le Révolution, A.D.D. Valence 1990).
La cuisine pouvait se trouver au sous-sol, c'est une disposition courante à l'époque dans les maisons fortes. Quant à la décoration sans doute a-t-elle été détruite par des acharnés qui martelaient et supprimaient tous les signes de noblesse selon les décrets de la convention de 1794, le blason des Clermont, leur devise "Si omnes, ego non !", leur cri "A la rescousse Montoison !", gravés en lettres d'or dans la grande salle n'étaient probablement plus visibles.
Les seigneurs de Clermont-Montoison résidèrent continûment au château et y élevèrent leurs familles, souvent avec beaucoup d'enfants, jusqu'au début du XVIIème siècle, époque à laquelle Jean-François de Clermont-Montoison épousa Marguerite de la Boutière, en 1643. Puis, celui-ci hérita de la seigneurie de Chaussagnes-Montrachet en Saône et Loire et s'y fixa.
Le château ne fut pas abandonné pour autant, un intendant avec du personnel y logea et le service religieux continua à être assuré normalement par le chapelain. L'école du village se tenait dans la grande salle. Mais les troubles consécutifs à la grande peur en juillet/août 1789 provoquèrent la destruction partielle de la couverture par un groupe de citoyens excités et angoissés par la diffusion de fausses nouvelles annonçant l'invasion de brigands et de troupes étrangères brûlant les moissons et les récoltes sur leur passage. Les tuiles et les voliges des toits furent arrachées sur tout le pourtour des bâtiments et sur une largeur de deux mètres environ. L'école dut abandonner la grande salle devenue insalubre. Dans quelle maison se réfugia-t-elle ? Nul ne le sait. Des années plus tard, un bâtiment d'école fut construit Chemin du Bruchet, qui aujourd'hui est habitée par la famille de Monsieur Charles Reynaud. Une nouvelle école sera construite sur la route de Crest à la sortie du village au temps du ministère Jules Ferry vers 1888. Elle est toujours en service.
Le ci-devant château de Montoison servit en 1796 de prison. Plus de soixante-dix-sept prisonniers italiens, espagnols et anglais venant à pied du Midi, escortés par la Garde Nationale, s'installèrent tant bien que mal dans le vaste sous-sol sombre et humide. La Tour de Crest ne put en accueillir que vingt-cinq, tant elle était surpeuplée. De graves problèmes d'intendance et de surveillance rendirent insupportable le séjour de ces hommes, qui pour la plupart, étaient des gens de mer, pris à Toulon. Pour résister au froid et faire la cuisine, ils brûlèrent portes et fenêtres, beaucoup s'évadèrent. Au bout de six mois, il ne restait que sept malades. Le Directoire départemental supprima la prison. Puis, pour se conformer aux recommandations des décrets de l'Assemblée nationale, la vente aux enchères fut ordonnée.
Les résultats de l'adjudication nous sont connus par la matrice cadastrale de 1812 conservée en Mairie. Elle indique que les cinq lots définis par l'expert ont été attribués à trois acquéreurs qui ont choisi de rester dans l'indivision. Les montants des offres retenues demeurent inconnus. Les heureux adjudicataires entreprirent la démolition de ces ruines. La dispersion de ces restes historiques demanda beaucoup de temps, puisque l'annuaire officiel de la Drôme pour l'année 1887 signale, à la rubrique Montoison, curiosités : ruines de l'ancien château habité par les Clermont-Tonnerre. Les pierres ont été réutilisées pour l'édification de l'Eglise paroissiale en 1838, puis, plus tard, pour l'érection de la Tour, aujourd'hui en mauvais état, mais qui se dresse encore au sommet du village. Depuis la construction du premier château, la tour reste l'emblème de la commune, et les Montoisonnais semblent très attachés à ce symbole qui nous vient du blason des premiers Montoison, avant la venue des Clermont. Leurs armes étaient : d'azur à la tour d'argent, portillée et perronnée de deux degrés, sommée de deux donjons, brisée en chef d'un croissant montant d'or.
A Boulogne, le 13 décembre 1999.